Benoît XVI-Raztinger a nommé en mai 2005 au poste de préfet de la Congrégation de la Doctrine de la foi, l'américain William J. Levada, "archevêque" de San Francisco. D'un article de John L Allen, correspondant à Rome du journal américain "National Catholic Reporter" (27 mai 2005) nous extrayons ces quelques indications sur Levada.

(...) "Il est subtil, souple et créatif dans sa façon d’appliquer les principes d’enseignement et de morale de l’Eglise à des contextes spécifiques." raconte le père jésuite Steven Privett, Président de l’Université de San Francisco (...).

Parmi les missions qui lui ont été confiées (...) est celle "d’accompagner" le Renouveau charismatique catholique, ce qui reflète l’inquiétude de Rome que ces enthousiasmes ne s’aventurent en territoire moins orthodoxe. Pendant qu’il accomplissait cette tache, Levada a développé une amitié personnelle avec le cardinal Leo Suenens de Belgique, un des architectes des réformes progressistes de Conseil de Vatican II (1962-1965) et aussi un champion du mouvement charismatique. C’était une indication liminaire de la capacité de Levada à mettre au défi les attentes prévisibles que forgent les étiquettes "conservateur" et "progressiste". Il définit d’ailleurs les étiquettes comme de véritables "fléaux" dans un entretien donné au NCR en 1999. Dans un article de 1994, Suenens dit de Levada qu’ "il était largement sur la même longueur d’ondes que nous, et est devenu notre ami."

Un autre épisode concerne l’éminent auteur catholique américain Eugène Kennedy. Lorsque ce dernier demanda dans les années 1970 à être relevé de la prêtrise pour revenir à l’état laïc, Joseph Bernardin, à l’époque cardinal de Chicago lui conseilla d’aller à Rome. D’après ce que Kennedy a raconté plus tard dans son livre sur Bernardin, Levada a été le seul officiel à le traiter au Vatican avec courtoisie.

Le cardinal Ratzinger lui a fait appel dans les années 1980 pour siéger au comité éditorial qui a produit le Catéchisme de l’Eglise catholique en 1994. Il y fut le seul Américain parmi les douze membres de l’équipe internationale. Depuis l’année 2000, Levada est membre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Il prend part aux assemblées plénières au cours desquelles la ligne est définie et les décisions majeures sont soumises au vote.

(...) Levada a été ordonné prêtre en 1961 à la Basilique Saint Pierre de Rome quelques jours avant Noël. Après avoir été brièvement affecté au service de paroisses du Sud de la Californie, Levada est retourné à Rome pour y préparer un doctorat à l’Université pontificale grégorienne. Il a travaillé sous la direction du père jésuite Francis Sullivan considéré comme l’un des meilleurs spécialistes en ecclésiologie. Puis, raconte Sullivan, lui et Levada ont œuvré ensemble au dialogue entre catholiques romains et épiscopaliens. Levada a co-présidé ce dialogue. "Il essaie d’avoir une approche médiane" a rapporté Sullivan le 14 mai au NCR. "Je dirai que c’est un modéré. Il est ouvert à d’autres points de vue".

(...) En 2004, Levada a joué un rôle modérateur dans le débat extrêmement houleux concernant la communion pour les hommes politiques catholiques pro-choice. A la surprise de certains, il ne faisait pas partie de ceux qui ont prôné une proscription totale, bien qu’il ait clairement rejeté l’argument selon lequel l’avortement n’est qu’une préoccupation parmi d’autres pour les catholiques. Dans un essai daté du 30 juillet 2004, Levada écrit sur ce sujet : "Il est important que nous ne nous précipitions pas à porter un jugement sur l’état de l’âme de notre voisin et à décider de son mérite à recevoir la sainte communion."

(...) Levada apporte aussi à sa nouvelle fonction son profond intérêt pour l’œcuménisme. Il copréside actuellement le dialogue entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise épiscopalienne, la branche américaine de la Communion anglicane. L’archevêque de Seattle, Alexandre Brunett, qui copréside le dialogue international entre catholiques romains et anglicans, est élogieux à propos de l’engagement œcuménique de Levada. "Il aime le dialogue ; a raconté Brunett à NCR le 15 mai. Il peut se trouver violemment en désaccord, mais il ne va pas dramatiser. … C’est quelqu’un qui sait écouter." Lorsque les épiscopaliens ont voté récemment pour confirmer la consécration dans le New Hampshire d’un évêque ouvertement homosexuel, rapporte Brunett, ce dernier avait suggéré à Levada l’éventualité de suspendre le dialogue entre catholiques et épiscopaliens, jusqu’à ce que l’affaire soit "résolue". Brunett raconte qu’à sa surprise, Levada a insisté pour que le dialogue soit poursuivi. Selon les dires de l’évêque épiscopalien Edwin Gulick, qui copréside avec Levada le dialogue, auprès du NCR, le 17 mai, lorsque Levada a rejoint le groupe, il débutait dans les relations catholiques-anglicans, mais s’est rapidement plongé dans le corpus des documents générés au fil des ans. "Il a une aisance d’esprit" dit Gulick. Selon lui, Levada est toujours clair dans les affaires de doctrine – "il n’y a jamais de question quant à la position de l’Eglise catholique romaine" tout en ajoutant qu’il sait aussi très bien écouter et identifier les terrains communs. Ces capacités se sont tout particulièrement révélées, dit Gulick, lorsque Levada a réagi avec "patience" et de façon "mesurée" à la consécration par les épiscopaliens d’un évêque ouvertement homosexuel (...).

On trouvera également ici un texte (en anglais) de Levada, daté de 1996, en faveur du "pentecôtisme catholique" (i. e. "Renouveau charismatique") et faisant l'éloge du cardinal Suenens.